DECLARATION ORALE DU MINISTRE CENTRAFRICAIN DE L’ECONOMIE, DU PLAN ET DE LA COOPERATION M. FELIX MOLOUA AU NOM DES PAYS AFRICAINS DU GROUPE 2

Monsieur le Président, David Malpass, Président du Groupe de la Banque mondiale,

Madame Kristalina Georgieva, Directrice générale du FMI,

Honorables Gouverneurs,

Mesdames et messieurs.

Au nom des Gouverneurs du Groupe Afrique 2 et en mon nom propre, je voudrais adresser nos félicitations au Groupe de la Banque mondiale pour les progrès importants réalisés sous le leadership et l’engagement personnel du Président David Malpass, notamment la reconstitution record des ressources de l’IDA19, le lancement de la Stratégie pour les Etats Fragiles et l’initiative de décentralisation. Le Groupe de la Banque mondiale est désormais mieux outillé pour faire face à une crise de l’ampleur de celle qui nous interpelle aujourd’hui, dans un contexte marqué par la persistance de la pandémie à Covid-19 où se tient le Comité du développement. Cette pandémie qui menace le bien-être des populations et le développement économique de nos pays, a révélé une fois de plus, s’il en était encore besoin, l’importance de la solidarité entre les pays et de la coordination de leurs actions dans le cadre du multilatéralisme, dans un monde plus que jamais interconnecté.

Nous saluons vivement la mise à disposition d’une aide d’urgence de 14 milliards de dollars pour accompagner les efforts déployés par les pays et les entreprises dans la lutte contre le Covid-19. Nous nous réjouissons que cette initiative soit coordonnée à l’échelle mondiale et mette à contribution toutes les capacités du Groupe — celles de la BIRD, de l’IDA, et de l’IFC — afin de lutter contre la propagation de la maladie le plus rapidement possible et de soutenir le secteur privé touché de plein fouet par la pandémie.

Nous estimons que cette pandémie vient compliquer une situation sanitaire, sociale et économique déjà extrêmement précaire en Afrique, au moment où nos efforts pour atteindre et rester sur la trajectoire des ODD sont difficiles et incertains. De ce fait, l’appui à nos économies nationales passe en priorité par l’aide apportée à nos populations les plus vulnérables, afin de les protéger de ce véritable choc et leur éviter de plonger dans une pauvreté absolue. Il est donc impératif que le Groupe de la Banque Mondiale passe au plus vite à l’étape supérieure de la mise en œuvre de son concours aux pays pauvres, et mette en place de vastes programmes de filets sociaux indispensables à la protection des populations pauvres et vulnérables contre les répercussions économiques du Covid-19.

Nous nous félicitons par ailleurs des mesures fortes de politique monétaire et budgétaire prises au niveau de nos Etats pour endiguer la propagation du virus et atténuer ses effets. Ces mesures sont fondamentales et nous considérons que les dépenses de santé doivent être engagées quelle que soit la marge de manœuvre budgétaire, car il y va de la vie de nos populations.  Toutefois, la faiblesse de nos espaces budgétaires limite nos marges de manœuvre. Nos Etats, souvent confrontés à des difficultés majeures liées à leur niveau d’endettement, auront besoin de la communauté internationale pour intensifier leur action et prévenir une crise humanitaire. A cet égard, nous saluons l’initiative conjointe du Groupe de la Banque Mondiale et du FMI, appelant les créanciers bilatéraux officiels à suspendre tous les paiements au titre du service de la dette des pays IDA. Nous souhaitons vivement aujourd’hui l’approbation de l’allégement immédiat de la dette pour disposer des liquidités nécessaires pour renforcer nos interventions de riposte.

Nous considérons cependant que le moratoire sur la dette bilatérale reste une solution de court terme, car les répercussions de la pandémie sur les économies africaines et les niveaux de vie vont perdurer bien au-delà de la phase d’urgence sanitaire. La baisse substantielle des recettes liée à l’effondrement des cours de matières premières et du pétrole au moment même où le coût des importations ne cesse d’augmenter, conduit à des pressions au niveau de l’inflation et des taux de change. Nos pays, en raison de l’insuffisance de leurs marges budgétaires ne sont pas en mesure d’appliquer des politiques anticycliques. Plus la crise perdure, plus la mobilisation des ressources publiques pour contenir l’épidémie entraine une réduction du volume de financements disponibles pour les priorités de développement et la lutte contre l’extrême pauvreté. Dans le meilleur des scénarios, il est estimé que l’Afrique aura besoin globalement de 100 milliards de dollars pour atténuer les répercussions économiques de la pandémie à Covid-19, ce qui est bien au-delà de l’aide d’urgence disponible.

La communauté internationale doit intensifier ses efforts pour nous aider à pallier à la dégradation des finances publiques et à la baisse des réserves de changes, qui constituent des manques à gagner pour rétablir l’emploi et la croissance. Il y va de l’intérêt de nos pays, mais également de l’ensemble de l’économie mondiale, car le risque de propagation des préjudices tant sanitaires que socio-économiques d’un pays à l’autre, donc de l’Afrique au reste du monde, est bien réel.

Je voudrais, pour terminer, attirer l’attention sur le fait que cette tragédie survient au moment où plusieurs pays à travers le monde sont confrontés à un ratio d’endettement de plus en plus préoccupant. En ce qui concerne l’Afrique, les niveaux d’endettement devraient continuer d’augmenter à l’avenir compte tenu du faible niveau de croissance économique du continent et des investissements nécessaires pour suivre la croissance démographique dans un contexte de faibles taux d’épargne et de baisse de l’investissement direct étranger. La mobilisation des ressources publiques en faveur de la lutte contre la pandémie pourrait aggraver ce constat et conduire les pays à faible revenu à un plus grand recours à la dette pour financer leur développement, et de ce fait compromettre sa viabilité. En conséquence, nous appelons la communauté internationale à considérer l’allègement de la dette tant bilatérale que multilatérale pour les pays à faible revenu, tout en demandant instamment à la Banque mondiale d’aider ces pays à parvenir à un équilibre optimal entre la soutenabilité de leur dette et le développement durable. Ceci impliquerait de renforcer les mesures pour une meilleure gestion de la dette ainsi que sa transparence. Nous invitons le Groupe de la Banque mondiale et le FMI à étudier conjointement ces propositions et à mener au plus vite l’évaluation des conséquences économiques de la crise Covid-19 en Afrique afin d’en découler les besoins d’allègement de la dette de nos pays. 

Je vous remercie.

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